« Une distillation précise et naturelle : nous voulons préserver la pureté aromatique de notre terroir. »
— Patricia et Laurent Gaspard
Depuis 2008, la Distillerie du Petit Grain façonne des spiritueux d’exception à Saint‑Jean de Minervois, dans le parc régional du Haut‑Languedoc. Fondée par Patricia et Laurent Gaspard, tous deux enseignants de métier, cette micro‑distillerie puise son inspiration dans le cépage Muscat Petit Grain et les traditions italiennes des grandes grappas. À la différence des grands groupes industriels, la distillerie travaille en petits volumes : fruits locaux issus de l’agriculture biologique, alambic Stupfler en cuivre chauffé au feu nu, sélection des cœurs de chauffe et rendements très faibles. Le résultat ? Des eaux‑de‑vie et des gins d’une pureté et d’une complexité remarquables, où l’alcool s’efface pour laisser place à la chair, la peau et le noyau du fruit. Leur Gin aux agrumes a même été élu meilleur de France en 2021.
Passionnés de grappa d’Italie, Patricia et Laurent revendiquent un dialogue entre tradition et innovation : sélection méticuleuse des matières premières, fermentations et macérations adaptées à chaque fruit, réglage progressif du degré d’alcool et contrôles organoleptiques à chaque étape. Engagée dans une production responsable, la distillerie cherche avant tout à restituer la richesse du terroir du Minervois.
Dans ce contexte, La Crypte du Vin a rencontré Laurent Gaspard pour parler de son parcours, de la naissance de la distillerie et de sa vision du métier. Voici l’intégralité de l’interview, structurée pour une meilleure lisibilité.
Sommaire
Parcours et origines de la Distillerie du Petit Grain
Avant de devenir distillateur, Laurent Gaspard a longtemps travaillé dans l’éducation. Avec Patricia, il décide de donner vie à une idée née au milieu des collines calcaires et des garrigues du Minervois : valoriser les cépages et fruits locaux à travers des eaux‑de‑vie qui rivalisent avec les meilleurs spiritueux italiens. Ils se lancent sans prédispositions à la distillation mais avec une grande liberté d’esprit et une exigence qui feront leur singularité.
Présentation de Laurent Gaspard
La Crypte du Vin : Bonjour Laurent. Pourrais‑tu te présenter brièvement pour les personnes qui ne te connaissent pas ?
Laurent Gaspard : "Depuis 2008, je distille avec le désir d’obtenir des eaux‑de‑vie locales, enracinées dans le Minervois où je vis, mais en visant des standards de qualité qui sont plutôt ceux des vins d’excellence que des alcools français."
Naissance de la distillerie
La Crypte du Vin : Peux‑tu nous raconter l’histoire de la Distillerie du Petit Grain ?
Laurent Gaspard : "L’idée est apparue en réponse aux paysages du Minervois. Que faire quand on aime un lieu ? Comment répondre aux affects qu’il met en œuvre ? Comment transformer en énergie ce que l’on aime ? Et puis j’ai été frappé du fait que les Français ignorent la tradition de la « grappa », aromatique et liée à un terroir, puisque chez nous le « marc » reste globalement un résidu de vinification, assez lourd et qui demande du bois pour l’amadouer. Vivant dans un lieu où le muscat – qui est un très beau cépage de distillation – n’était pas distillé, j’ai formé le projet de le distiller, avec l’aide de ma compagne. Mes amis, qui ont soutenu le projet dès le début, ont eu une part décisive pour penser les alcools élaborés, pour les juger, pour mettre en place les nouveaux projets. Ainsi, la distillerie est à la fois une histoire de paysage, d’amour et d’amitiés."
La Crypte du Vin : Qu’est‑ce qui t’a décidé à te lancer dans cette aventure ?
Laurent Gaspard : "La distillation me paraissait être une activité intemporelle et marginale ; je pensais être à part, mais je me trompais : aujourd’hui les distilleries fleurissent."
Matières premières et savoir‑faire
La matière première
La Crypte du Vin : D’où proviennent tes matières premières ?
Laurent Gaspard : "Les matières premières sont d’origine biologique, par principe, et le plus possible prélevées autour du village ou dans ses environs les plus proches. Il faut aussi noter que nous ne faisons rien pousser, nous ne lançons aucune culture : nous dialoguons avec ce qui existe, avec le souci de prendre le plus pur et le plus aromatique."
Le processus de distillation
La Crypte du Vin : Peux‑tu nous expliquer brièvement le processus de distillation ?
Laurent Gaspard : "Difficile d’expliquer le processus car, le secret professionnel mis à part, qui a son importance, tous les fruits et tous les distillats impliquent des façons de procéder différentes. À chaque fruit son traitement. Car on ne traite pas une poire comme une cerise, une cerise comme une framboise, une framboise comme un cédrat, etc. Les fruits ont des chairs différentes, des parties qui sont parfois indésirables, demandent des macérations ou des vinifications, dont les longueurs sont toujours variables non seulement en fonction du fruit mais des températures qu’il faut au moment où ils arrivent à la distillerie."
Le style des eaux‑de‑vie
La Crypte du Vin : Quels arômes, saveurs et traits caractéristiques souhaites‑tu apporter à tes alcools ?
Laurent Gaspard : "Pour moi, un alcool ne doit pas être brûlant. Tous comme les vins ne doivent pas être dominés par l’alcool. C’est pareil. Cela demande pas mal de travail pour éviter cela, car naturellement on est sur des boissons qui titrent chez moi plus de 45 degrés ; mais c’est possible, si on joue sur tous les leviers. Autre caractéristique nécessaire des alcools, que leurs parfums soient vifs (absolument pas cuits, éteints). Enfin, qu’ils soient complexes, au nez comme en bouche : que les molécules aromatiques fassent la fête dans le verre, dévoilent différentes couches et différents espaces. Ce sont là mes critères primordiaux."
Marché des spiritueux et quête d’excellence
Bon à savoir
- Le marché des spiritueux premium connaît une croissance rapide.
- Les distilleries artisanales, comme le Petit Grain, misent sur l’excellence et la singularité.
- La production de qualité nécessite des matières premières coûteuses et des taxes élevées.
La Crypte du Vin : Avec un marché des spiritueux en plein essor, où la premiumisation est tendance, comment vois‑tu cette évolution ?
Laurent Gaspard : "C’est une tendance nécessaire, il ne peut y avoir d’alcool que premium. On boit peu d’alcool, il faut que cela soit une parenthèse enchantée, ça n’a pas de sens de s’assommer sans subtilité, à moindre coût et moindre qualité. Historiquement, nous n’en sommes plus là, les politiques de santé publique ont eu du bon. Il faut ajouter qu’élaborer un grand alcool coûte cher, non seulement en matières premières, mais en taxes. Vouloir faire des alcools bon marché, des industriels peuvent le faire, ils en sont même seuls capables, sans âme mais sans reproche. Ils ont les bons outils, et ils peuvent jouer sur ce que l’on appelle les « économies d’échelle », qui sont de fait décisives. Produire en grande quantité, on le sait, permet de baisser les frais de fabrication. En fait, je ne le lis pas, mais je trouve qu’il faut le dire : les industriels sont bien placés, à la fois pour faire du bas de gamme et pour faire du premium, ils ont les outils industriels et marketing pour ça. Simplement, ils ont un premium stéréotypé, sans vibration, qui doit beaucoup aux sirènes du conditionnement. Du coup, les distilleries artisanales doivent selon moi plutôt viser l’excellence, une sorte de politique des auteurs, et se dévouer à la poursuite de la singularité et de l’émotion."
Innovation et micro‑distillerie
La Crypte du Vin : Quelle est ton approche en matière d’innovation pour votre gamme de spiritueux ?
Laurent Gaspard : "Toutes les innovations doivent être invitées, car la distillation traditionnelle est une activité destructrice : fondée sur l’évaporation produite par la chaleur, la distillation peut très vite détruire les parfums, - autrement dit transformer le parfum du fruit en vieille tisane. Des innovations arrivent régulièrement sur le marché, il faut y être sensible, elles peuvent aider. Pour ma part, je rêve de cryogénisation, qui sépare l’alcool de l’eau par la seule action du froid. Malheureusement, cela impliquerait un climat fort différent du climat méditerranéen, ou des machines très puissantes que dont je peux seulement rêver pour l’instant."
La Crypte du Vin : Tu m’as un jour confié que le Petit Grain n’était pas une micro‑distillerie. Pourquoi ?
Laurent Gaspard : "Je ne me souviens pas de cette déclaration, car la distillerie est bien une micro-distillerie au sens économique. C’est peut-être que je sentais qu’il y a derrière cette appellation une idée de distillation bienheureuse, la croyance en une pure émanation des parfums et des humeurs. Les choses sont plus compliquées que cela, malheureusement ou heureusement. Dans une micro-distillerie, il faut être encore plus rigoureux que dans une grande."
Conclusion : un artisanat qui fait la différence
Cette rencontre avec Laurent Gaspard révèle la passion et l’exigence qui animent la Distillerie du Petit Grain. À contre‑courant des spiritueux uniformes, ses eaux‑de‑vie et ses gins expriment pleinement le terroir du Minervois, grâce à une sélection rigoureuse des matières premières, une distillation artisanale en alambic Stupfler et une recherche constante de pureté aromatique:contentReference[oaicite:16]{index=16}. Les influences italiennes de Serafino Levi ou Vittorio Capovilla se marient à l’identité languedocienne pour donner des spiritueux racés, équilibrés et pleins de fraîcheur:contentReference[oaicite:17]{index=17}.
Chez La Crypte du Vin, nous sommes fiers de soutenir ces artisans et de proposer quelques flacons rares issus de la Distillerie du Petit Grain. Que vous soyez amateur de gin aux agrumes, de fine de Carignan ou d’eau‑de‑vie de fruits, chaque bouteille est l’expression d’un savoir‑faire d’orfèvre. À découvrir et à partager avec des amis curieux.